Albums

Eté 1914, cette Grande Guerre qui était impensable

On sait que dès qu’approche le mois de novembre on peut voir apparaître des albums sur la Grande Guerre. Tardi reste le maître en la matière. Un des meilleurs albums depuis longtemps vient de sortir, Eté 1914. Aussi bien par la fidélité du dessin, uniformes, armement, ambiances que par la qualité du récit, le choix des personnages, ces jeunes officiers qui montaient à l’assaut avec leurs hommes. Pas une famille française n’a été épargnée. Un grand-père gazé à Verdun qui parlait peu de sa guerre mais plus à son petit-fils en pleurant qu’à sa propre fille, un grand oncle jeune aspirant de 20 ans tué en 1915 par un obus à l’attaque, notre génération est sûrement la dernière à avoir côtoyé ces hommes qui avaient vécu l’impensable, la boucherie totale, une der des ders qui n’en sera pas une, rappelés en 1939 mais sans y croire. Victor Lepointe (Ange Leca) assure scénario et dessin avec beaucoup de classe de cet album qui rassemble plusieurs destins d’hommes jetés dans la fournaise. La Guerre de 14 n’a jamais cessé d’être présente dans la mémoire nationale.

Des médailles, croix de guerre, une boussole, des feuilles écrites, il est lieutenant, des cauchemars horribles. Henri connait l’euphorie du départ, la victoire en chantant, le frisson de la Marseillaise à côte de ses hommes. Le 5 septembre 1914 les pantalons garances avaient été des cibles de choix pour les Allemands. Henri de Maury ne se résigne pas. Les Français reculent et meurent pas soutenu par une artillerie déficiente. Les Uhlans sur leur chevaux sont l’avant-garde du Kaiser. Il était arrivée à Vitry-le-François puis la marche le 6 septembre. La mort du capitaine, De Fleury le lieutenant prend le commandement. On est passé à la tenue bleue pour la Coloniale pas encore horizon. Sabre au clair dans les champs ses hommes courent. Pas de riposte pourtant les Prussiens arrivent mais Henri a mis en place une forte ligne de défense avec mitrailleuses. Mais les « boches » ont des canons en batterie. Replis pour le 24e Régiment d’Infanterie Coloniale. Baïonnette au canon. Sabre au clair, Henri tombe. Adrien lui est homme de troupe, fantassin, court sous les obus. Un officier français abat les fuyards, ses propres hommes. Le lieutenant tente de sauver Adrien blessé.

Une authenticité qui fait froid dans le dos. Pendant la guerre de 14-18 un million 400 000 soldats français sont tués, 300 000 civils, 74 000 en août 1914. Pas un village de France sans monument aux morts. Eté 1914 est un rappel sans condition de ce qui aujourd’hui semble impensable. Chasse aux drones et certes des morts mais combien. Avec le risque d’une guerre conventionnelle ? Ou nucléaire stratégique ? L’Ukraine, la Russie, l’Iran, Israël, on vit en toute désinvolture sur une poudrière. En 1914 elle avait mis le monde à feu et à sang et remettra le couvert en 1939 alors que personne après Munich n’y croyait. Tirer des leçons de l’Histoire.

Eté 1914, 80 pages, Grand Angle, 18,90 €

Partager

Articles récents

Florence Cestac chez Azimuts à Montpellier le 3 octobre 2026 pour Oui chef!

Recevoir Florence Cestac c'es toujours un évènement et un plaisir. Elle sera le samedi 3…

1 octobre 2026

L’ACBD attribue le Prix Comics 2026 à Tongues

Depuis 2019, l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée récompense une bande dessinée issue…

1 octobre 2026

Le Prix Formula Bula 2026 à Margaux Meissonnier pour Le Parc Saint-Rien

Le Festival Formula Bula a attribué son Prix PRIMA BULA à Le Parc Saint-Rien de…

30 septembre 2026

Vieux Papa, le quotidien d’une personne âgée

Il y a de plus en plus rarement des BD qui vous font vaciller le…

30 septembre 2026

Frankenstein et David Sala chez Maghen dès le 30 septembre 2026

Du 30 septembre au 24 octobre 2026 la galerie Daniel Maghen est fière de consacrer…

29 septembre 2026

Conan Doyle, quand l’écrivain prend la place de son héros

Sherlock sans Sherlock, ni Watson mais avec Sir Conan Doyle son créateur et son fidèle…

29 septembre 2026