Albums

Eldorado, descente aux enfers

Un syndicaliste dans une Angleterre industrielle sans pitié, le début du XXe siècle, le canal de Panama qui tente de trouver sa voie entre les deux Amériques, un amour impossible, Damien Cuvillier (dessinateur de Nuit noire sur Brest) et Hélène Ferrarini ont embarqué leur héros vers ce qui semble être l’Eldorado, du nom de la cité mythique couverte d’or. Une quête, un mirage vers un rêve qui tournera au cauchemar aux espoirs déçus, prise au piège d’un témoin indirect et épistolaire. On est sur plusieurs niveaux de récits. Le drame est en continu, de plus en plus noir et éprouvant, déprimant. Résultat voulu et inévitable pour cette lente descente aux enfers.

Marcello est un syndicaliste convaincu. Il aime Louisa dont les parents commerçants ne veulent pas de lui. On recrute en nombre pour un chantier lointain qui serait générateur de richesses pour ceux qui tenteraient l’aventure. Un bateau part bientôt. Les grèves et les manifestations réprimées par la police se succèdent. Marcello et Louisa décident de partir ensemble mais le jeune homme parle trop. Marcello est volontairement soulé par le patron du bar ami des parents de Louisa et il est embarqué inconscient sur le cargo qui part pour Panama. A son réveil il comprend qu’il est pris au piège. Il faut en plus qu’il paye par son travail sur le chantier son passage à bord du bateau. La jungle, la chaleur, malgré les avancées techniques mises en place par l’ingénieur en charge des travaux, c’est le bagne sous le regard désabusé des populations indiennes. Marcello rêve de repartir et confie ses lettres pour Louisa à un trafiquant édenté. Mais ses lettres intéressent aussi la femme de l’ingénieur, Barbara, complètement neurasthénique qui les a, par hasard, interceptées. Elle veut elle aussi à tout prix rentrer en Europe.

Le télescopage de deux destins, Marcello et Barbara, pour au final le pire. Les évènements s’enchaînent dans une aventure sombre qui décrit l’oubli au bout du monde pour deux êtres qui n’ont rien en commun si ce n’est le souhait d’être aimé. Près de deux cent pages superbes, aux décors naturels envoûtants avec ce canal maudit qui perce au prix de milliers de morts parmi les ouvriers. On aurait aimé peut-être un scénario plus resserré. Le dessin, on pense parfois à Sorel ce qui n’est pas rien, compense cette petite faiblesse.

Eldorado, Futuropolis, 26 €

Partager

Articles récents

Eté 1914, cette Grande Guerre qui était impensable

On sait que dès qu'approche le mois de novembre on peut voir apparaître des albums…

2 octobre 2026

Florence Cestac chez Azimuts à Montpellier le 3 octobre 2026 pour Oui chef!

Recevoir Florence Cestac c'es toujours un évènement et un plaisir. Elle sera le samedi 3…

1 octobre 2026

L’ACBD attribue le Prix Comics 2026 à Tongues

Depuis 2019, l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée récompense une bande dessinée issue…

1 octobre 2026

Le Prix Formula Bula 2026 à Margaux Meissonnier pour Le Parc Saint-Rien

Le Festival Formula Bula a attribué son Prix PRIMA BULA à Le Parc Saint-Rien de…

30 septembre 2026

Vieux Papa, le quotidien d’une personne âgée

Il y a de plus en plus rarement des BD qui vous font vaciller le…

30 septembre 2026

Frankenstein et David Sala chez Maghen dès le 30 septembre 2026

Du 30 septembre au 24 octobre 2026 la galerie Daniel Maghen est fière de consacrer…

29 septembre 2026