Dictionnaire amoureux de la BD, Benoit Peeters et ses belles pépites

Dès qu’on ouvre le Dictionnaire amoureux de la Bande Dessinée signé par Benoit Peeters on se sent inévitablement dans le même monde que lui. Question de culture, de sentiments, de passion, d’âge à une poignée d’années près. On est donc en terrain connu avec les mêmes émois enfantins et juvéniles à une différence notable. Non, Tintin dont on m’offrait avec une régularité de métronome les albums, communion, Noël, anniversaire n’a jamais suscité chez moi d’addiction. Sauf je l’avoue Le Sceptre d’Ottokar. Par contre, la première BD a m’avoir flanqué une peur bleue enfant a été La Griffe noire de Jacques Martin, ce que j’ai eu la chance de lui dire bien plus tard. Et qu’il a pris très au sérieux. Donc Spirou et Buck Danny vers 1958 ont été le starter qui a emballé ma passion toujours aussi forte pour la BD aujourd’hui. Ce que dit Peeters à très juste titre dans son son bouquin qui fait rêver, c’est que pour  lui, le scénariste, l’auteur, l’éditeur et concepteur d’expositions (ne rien oublier de sa vaste palette), la relation à la bande dessinée est inséparable de l’enfance. Il nous embarque pour un voyage au fil des bulles, des titres. On picore, on est surpris, on s’étonne, on redécouvre et on adhère. C’est un chercheur de pépites Peeters et il en trouvé tout au long de ses pages avec un sens inné de l’écrit, un talent pour les mots. Et puis il a eu la chance de côtoyer tout ces auteurs dont il parle. A titre personnel on ne va pas se plaindre avec toutefois le regret de ne pas avoir rencontré Franquin.

Départ avec (A Suivre), variation sur la farce d’Angoulême, une note sur L’Association, normal car Peeters pratique le classement alphabétique. Si il fallait faire une première sélection de portraits abordés on citerait Baudoin, Bilal bien sûr source de flashs imparables, Blain, Brétecher, Cabu regretté. De fait il n’y a (presque) rien à jeter dans ce dictionnaire mais on restera muet sur nos différences. Pas la peine donc de recopier des listes de noms d’autrices, d’auteurs qui tous sont en très grande majorité à l’unisson de nos goûts communs. Même si dans le lot il y en a un peu inconnu par nos neurones. Mattotti, Pilote, Cestac, Eisner, Goscinny, Uderzo souvent côtoyé, Bourgeon, Sfar, et tous les autres. Peeters a écrit des éditoriaux subtils, fins et magiques. Car la BD c’est de la magie. Pour Peeters  » Mes réflexions sur la bande dessinée sont inséparables de la pratique que j’ai pu en avoir, comme scénariste et parfois comme éditeur ou concepteur d’expositions. Inséparables du plaisir de la lecture. Inséparables du dessin dans la magie de son surgissement. Inséparables de ces dessinateurs et dessinatrices que j’ai eu la chance de côtoyer, de Fred à Claire Bretécher, de Craig Thompson à Jirô Taniguchi, de Lorenzo Mattotti à Chris Ware, de Didier Comès à Catel et Bocquet ». 

Benoit Peeters. DR

Il est le seul vrai témoin et acteur d’une BD qui se transforme, parfois, nous le disons dans la douleur et la prétention. Mais au final les classiques le resteront, Jacobs, Hergé, Franquin, le génial Tardi et bien d’autres. Peeters ajoute : « Dès mes premiers textes critiques, il m’a semblé que se pencher en priorité sur les aspects les plus spécifiques de la bande dessinée – la case, l’ellipse, l’usage de la page, les relations entre le texte et l’image, entre le scénario et sa mise en œuvre – n’était ni stérilisant ni purement académique. Avec le temps, le monde de la bande dessinée est devenu le mien. Au fil des ans, les albums que j’ai réalisés avec François Schuiten, mais aussi avec Alain Goffin, Anne Baltus, Frédéric Boilet et Aurélia Aurita m’ont entraîné dans de nouvelles directions, me permettant de découvrir d’autres styles et d’autres façons de collaborer. En une quarantaine d’années, le paysage de la bande dessinée se transformer en profondeur, tout comme le discours à son propos ». Et de conclure :  » Ce dictionnaire amoureux ne prétend bien sûr à aucune exhaustivité. Il est le reflet de mon histoire, de mes rencontres et de mes goûts. Les classiques de la bande dessinée franco-belge y tiennent une place importante, tout comme certaines œuvres expérimentales. Chacun, c’est inévitable, s’étonnera de plusieurs absences, surtout parmi les autrices et auteurs contemporains : les talents sont aujourd’hui si nombreux, les publications si diverses, qu’il serait impossible d’en rendre compte. Je ne ferai qu’effleurer le vaste univers des mangas, qui mérite un dictionnaire complet. Mais j’espère, au fil des pages, inviter à de belles découvertes ou redécouvertes dans un paysage de la bande dessinée en perpétuelle métamorphose ». Benoit Peeters a réussi, bravo et merci.

Dictionnaire amoureux de la Bande Dessinée, 590 pages, Plon, 26 €

 

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