Le titre du western des Charles, Au Coeur du désert, n’est pas un hasard. C’est l’adaptation en sous-main de Conrad, Au Coeur des ténèbres. On y retrouve on l’a dit des influences évidentes des westerns de John Ford pour ce combat sans issue entre deux frères officiers dans les Tuniques Bleues. La Guerre de Sécession est finie, Adam Pyle dérape et il faut mettre un terme à ses méfaits. Norman son frère doit le ramener à la raison par tous les moyens. Une saga en tout point parfaite, les grands espaces, l’efficacité et le talent graphique de Maryse et Jean-François Charles, des décors superbes, le pays s’y prête, Maryse et Jean-François Charles se sont confiés à ligneclaire.info à la Foire du Livre 2025 à Paris et annoncé que leur prochain album serait aussi un western, Le Procès Laramie.

On a été étonné agréablement par ce choix de western que vous avez fait. Ce n’est pas un genre que vous aviez abordé, Maryse et Jean-François Charles. Vous y avez pris du plaisir ?
JF. C : Une immense part de plaisir et j’aime le dire la première fois où à la fin d’un album j’ai éprouvé une nostalgie, c’est déjà fini, je quitte cet univers. Un album c’est long, quand on commence on sait qu’on est parti pour longtemps. Cela a été un grand bonheur et la réalisation d’un vieux rêve depuis notre voyage dans les années 70 aux USA
Il y a donc une part assez personnelle.
JF. C : Le personnage principal qui voyage qui fait un long voyage, revoit son enfance, c’est aussi de la nostalgie.

Il y a des bases dans cet album historiques cinématographiques, littéraires, peinture. On plonge dans vos pages qui sortent de l’album. On se retrouve témoin et acteur.
JF. C : Le paysage a beaucoup d’importance. John Ford a fait découvrir les paysages de Monument Valley. J’aime les paysages de plus en plus.
Vous aussi Maryse, vous avez la même vision ? Vous être un couple fusionnel.
M.C : On part une idée de Jean-François, souvent commune, un voyage. On en discute, on se documente. C’est un peu une partie de ping-pong entre nous. Sur plus d’un an pour faire l’album on peut trouver d’autres pistes mais sans chambouler l’histoire.
Au Coeur du désert est une histoire assez traditionnelle. La guerre de Sécession en toile de fond, une bande d’outlaws qui dévaste l’Ouest, une question de reconnaissance familiale entre les deux frères ?
M.C : Oui. Jean-François est d’une famille de quatre enfants et un frère ainé qui avait six ans de plus que lui. Entre quatre et huit ans, douze et dix-huit ans quand on est enfant ça compte et il admirait son grand-frère.

Donc il y a une part autobiographique
JF. C : Sûrement. J’ai perdu mes frères mais c’est vrai que la pensée, le retour entre les deux frères dans l’album n’est pas étranger à ma vie. Mais mon grand-frère était quelqu’un de très gentil lui par contre, pas violent comme Adam Pyle.
Ce que vous décrivez entre Adam et Norman Pyle frères ennemis il y a du Charles en eux ?
JF. C : L’idée de plaire au grand-frère, d’être parmi ses amis, oui. On admire son frère, on veut attirer son attention. J’avais un cousin plus jeune que mon frère et ils étaient très liés. On avait l’impression qu’il nous volait notre grand-frère. Même si chaque frère est différent bien sûr.
C’est aussi un album sentimental, un mélange avec les Tuniques Bleues qui nous ont fait rêver, une référence générationnelle.
JF. C : J’ai eu des petits soldats Tuniques Bleues. Quand on abandonne ces petits soldats on passe dans un autre âge. Moi j’ai continué à jouer avec mes soldats en faisant cette BD.

Adam Pyle a la médaille d’honneur, il dérape, on paye un tueur à gages pour s’éviter un procès dans l’armée, vous avez réussi à concocter un mélange où il y a tout. Le western traditionnel, les Indiens, les Réserves, des sentiments et cela s’articule parfaitement.
JF. C : Je pense que c’était évident sans en être vraiment conscient de ce que l’on faisait. Avec le recul on s’est demandé comment l’adaptation de Conrad allait être acceptée, comment on avait osé. Il y a toujours une part d’inconscience. Si on se pose trop de questions on bloque. Notre éditeur nous a aidé, soutenu dès le début.
La couverture est remarquable. Elle résume tout.
JF. C : J’en ai fait dix. Et entièrement, pas un simple crayonné. On va faire une exposition des planches chez Champaka en Belgique.
Vous évoquez ce qu’on connait depuis une série TV US actuelle 1923 avec Harrison Ford, c’est la guerre sanglante entre éleveurs de mouton et de bétail aux USA.
JF. C : Il y avait eu avant un film de Glenn Ford, La Vallée de la poudre qui l’évoque aussi en 1958. Le seul. On voit le mépris des cow-boys pour le mouton qui dévore l’herbe racine comprise. Les Apaches élevaient des moutons. Et je vous assure ce n’est pas un animal facile à dessiner.

J’ai découvert Yul Brynner dans votre album, un des 7 Mercenaires.
JF. C : Oui il y est, un peu involontairement. Je suis très mauvais portraitiste. Il y a pas mal de petits hommages au cinéma américain dans cet album, à découvrir.
C’est une saga à large spectre. Vous avez fait un western, ce sera le seul ?
JF. C : Pas du tout. On refait un western, un one-shot, dans la foulée
M.C : Il paraîtra au Lombard dans la collection Signé et se passera au Dakota et au Wyoming, à la même époque. Un sergent qui a fait la guerre civile revient à Fort Laramie. On a construit la piste postale qui coupe le territoire de chasse des Sioux. Les Indiens ne sont pas contents et Nuage Rouge part en guerre. Les traités ne sont pas respectés. Le titre sera Le Procès Laramie et sortira dans un an et demi.

Ce sont les guerres indiennes. Avant les Indiens étaient les ennemis, les méchants dans la plupart des films. Comme si on avait voulu cautionner leur massacre.
M.C : Oui on y parlera du massacre de Sand Creek dans le Colorado où un village a été détruit, femmes et enfants. Il y a eu ensuite une coalition indienne de 8000 Indiens. On restera avec les Tuniques Bleues.
JF. C : C’est une histoire qui nous a influencé en 1973 avec le livre Enterre mon cœur à Wounded Knee. C’est la première fois qu’on parlait des massacres des tribus indiennes. Il y a eu aussi le film Soldat Bleu et Little Big Man avec Dustin Hoffman.
Vous vous êtes appropriés ce monde sans tomber dans des travers. Quelle technique utilisez-vous ?
JF.C : Le western est très aimé, depuis toujours Il y a un vrai retour pour ce genre. Je travaille sur des planches de 32 sur 42 sur papier toilé car je peux me servir d’acrylique et des pinceaux plats. La peinture a plus d’importance et je me réfère aux peintres US comme Remington. Ou Wyatt Eaton. Ce sont les premiers à avoir défriché le terrain et témoigné sur la conquête de l’Ouest. Il y a le fameux débat des chevaux à galop de Remington, s’ils posaient les sabots à terre ou pas. Muybridge a donné la solution.
M.C : Le fait de revenir aux peintres américains nous donnaient une différence avec les BD classiques western. C’est un univers qui nous satisfait.

Tout est très naturel dans vos pages.
JF.C : Quand on se sent dans l’album, je suis sur le cheval mais je n’en fais pas (rires). Ce n’est plus du travail c’est du bonheur. On va faire un porte-folio qui sera composé d’affiches de films western mais factices des années 50. Je me souviens enfant dans les commerces qu’il y avait l’affiche du film du samedi soir ou du dimanche, des westerns de la RKO. Les affiches de série B étaient peintes et racontaient le film. Elles faisaient rêver. Elles avaient un timbre fiscal et pour les nôtres ont en a mis un retrouvé par l’imprimeur.
Dans votre album il y a la vie, la famille, un mélange savant de personnages et d’action, d’espoir.
JF.C : On s’est plu dans cet album. Tout s’est facilement enchaîné finalement. On n’a pas boudé notre plaisir même si on est toujours un peu angoissé à la sortie de chaque album.
Au Coeur du désert, Signé Charles, Le Lombard, 19,95 €

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