Ce n’est pas une BD et pourtant les personnages de Bill Mauldin dans Sur le front, bien que tirés de la réalité la plus violente, celle de la guerre, auraient pu être par exemple les héros de strips. Mauldin avec Sur le front pour lequel il reçoit le prix Pulitzer en 1945 a écrit un reportage et l’a illustré comme un photographe par des dessins pris sur le fait. Il va montrer que le GI’s propre sur lui a appris à se battre dans la boue, par tous les temps, au prix de lourdes pertes comme à Omaha. Ce qui ne va plaire aux grands chefs US au moins à certains comme Patton qui ne supportait pas ses dessins et voulait le faire muter, interdire du front, l’accusant de démoraliser ses troupes alors que c’était le contraire. Le témoignage de Mauldin en particulier sur le front européen est unique et ses dessins publiés dans Stars and Stripes autant de chocs sans concessions, expression d’une réalité incontournable. Mauldin dessinera aussi la guerre du Vietnam pour les journaux.
Nicolas Ancellin, ancien grand reporter de Géo signe la préface. Il raconte comment Mauldin montre ces GI’s simples soldats combattants de première ligne n’avaient pas leur place à l’arrière, décrit l’auteur issu d’un milieu modeste (il s’engage à 23 ans pour ne pas mourir de faim) au look de petit génie digne des films de Disney. Mauldin est un empêcheur de se battre en rond. Il créé Willie et Joe ses deux personnages emblématiques qui scandent les pages de son bouquin qu’il écrit à la fin de la guerre. Dans sa Jeep offerte par le général Clark il va où il veut, seul, sur le théâtre des opérations européen depuis la campagne d’Italie. Il a intégré la quotidien Stars and Stripes comme journaliste en 1944 et doit fournir six dessins par semaine. Il a partagé la peur et l’existence des soldats US, se fait leur porte-parole par ses dessins, non sans humour aussi. Il parle de marché noir, de corruption, de matériel revendu. Roosevelt, Marshall, Einsenhower le couvriront. Patton voulait sa peau.
Un million d’exemplaires se sont vendus en six mois. Retiré à maintes reprises aux USA c’est la première fois qu’il est traduit en français, qu’on découvre ses dessins. Mauldin révéla à l’Amérique l’envers du décor, la face cachée de l’US Army : les grands scandales et les petites magouilles qui, en première ligne, rendaient les soldats, les trouffions, fous de rage. Bill Mauldin continua à dessiner jusqu’en 1991 et reçut un second prix Pulitzer en 1959. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des maitres de la caricature de presse aux États-Unis et décède en 2003.
Sur le front, 278 pages, Editions de Taillac, 24,90 €
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