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Jheronimus & Bosch, la mort c’est pas une vie

Un strip comme Jheronimus & Bosch est un vrai bonheur d’abord de découverte, ensuite d’exception car hors normes. Pas vraiment évident de bien connaître son auteur, Paul Kirchner qui avait mis de côté la BD depuis plus de vint-cinq ans avec un retour en 2013. On avait pris bonne note de sa signature de Le Bus, sélectionné à Angoulême section patrimoine, humour noir et surréalisme, et de son anthologie En attendant l’apocalypse. Avec Jheronimus, on va aller faire une ballade en enfer, celui justement revisité de Jérôme Bosch, dit El Bosco, auteur entre autres du Jardin des délices et roi des diableries. Pas vraiment un hasard si Kirchner a choisi le nom de Jheronimus pour son héros dont la mort ne va pas être une vie. Regard figé et canard à roulette, on est subjugué par son humour absurde, son enfer pas vraiment pavé de bonnes intentions mais qu’il fait vraiment bon de parcourir avec lui.

Il est mort le 3 mars 1508, Jheronimus, viré à grands coups de pieds de l’église dans laquelle il cuvait sa cuite allongé sur l’autel. Il vole à un gamin son canard à roulettes, se prend les pieds dans le volatile un mur de face et, crac, direction l’enfer. Il va laisser à l’entrée toute espérance et sa bouteille de gnôle. Bien vite, il découvre, son canard en laisse, que tout peut arriver chez le Diable, en particulier une pluie qui ne sent pas la rose. Pourtant, il s’accroche Jheronimus, ne sourit jamais, tente les spaghettis bolognaise de chez Snuk dont le secret est tout bonnement morveux. La tentation est permanente et à chaque fois il se fait avoir sous l’œil moquer des anges. Il va être foudroyé, écrasé comme un mégot. Il va danser comme un fou et finir dans un précipice. La souffrance est éternelle en enfer et les suppôts de Lucifer ont plein d’idées sur le sujet. Le pire pour ce pauvre Jheronimus, c’est d’avoir toujours tout faux.

Des paysages lunaires, des diables bien portants et vicieux, des envies impossibles à assouvir, on finirait presque par le plaindre et avoir pitié de lui. Faut dire que chez Satan, on l’a pris un peu comme une tête de Turc. Kirchner ne lui épargne rien. Jheronimus n’a certes pas la détente rapide. Avec une belle dose de cruauté, sur fond d’humour décalé et absurde, très british en fait, les strips sont des petits chef d’œuvre de concision et étonnent à chaque case. Satan est un marrant, signe une postface, se moque de Dieu devenu un psychologue de bazar, qui ne lui envoie plus personne. Il faut aller rejoindre Jheronimus, personnage méritant digne de Tex Avery.

Jheronimus & Bosch, Éditions Tanibis, 20 €

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