Comics

Crimson Flower, un suspense en lame de rasoir

On est systématiquement étonné, séduit par les parutions des éditions Delirium. Avec Crimson Flower (fleur pourpre en français, titre qui en dit long) on atteint des sommets dans la catégorie polar noir et sanglant, du Tarantino de Pulp Fiction à Kill Bill, une tueuse reine que n’aurait pas renié Uma Thurman. A se demander même… Matt Kindt au scénario, Matt Lesniewski au dessin, Bill Crabtree aux couleurs, Crimson Flower se pare d’une touche de fantastique au moins sur la forme, sur le visuel de certains détails. Pour le reste on est complètement secoué par cette histoire de vengeance pas si claire que ça, mais chut. Du très grand art chapitré comme des histoires courtes, quatre au total, une galerie de couvertures, un carnet de croquis très intéressant et des biographies, le tout en format comics. Du haut de gamme inattendu et submersif, invasif.

Une petite fille dans le bureau de son père, son livre préféré à la main. Adulte elle parcourt les rues de Saint-Pétersbourg. Elle vend avec talent des médicaments expérimentaux pour Cardinal Pharma. Et en prend aussi. Mais elle cherche autre chose que de belles ventes. Un type nommé Anton Choubine dont elle vole avec violence le dossier à un médecin. Elle le trouve, c’est un tueur qui se planque, vieillissant mais est-ce lui qui a tué son père sous ses yeux d’enfant ? Car c’est son objectif, se venger. La jeune femme va obtenir des précisions sur l’État qui a recruté, formé ces tueurs mais ce n’est pas le bon. Pourtant il lui rappelle des contes folkloriques horribles mais qui ont un lien avec ce qu’elle vit. Elle veut que le tueur barbu sur le retour lui donne une autre nom pour remonter la piste mais il la piège avec un gaz mortel. Sauf que la dame a de la ressource, une pro qui ne peut plus faire machine arrière.

Pas un instant de répit, un dessin qui louche parfois sur le pop-art US, fort, puissant. Le rythme est syncopé, une galerie de monstres tueurs qui se planquent tous mais pourquoi ? Le Centre a formé ces assassins et ce n’est pas lui qui aurait envoyé la femme aux cheveux roux. Le puzzle se met en place et les cheveux tentaculaires de la rouquine pistent ses proies. On est aux portes de l’enfer mais qui est le diable ? Un suspense en finesse, en lame de rasoir, qui explose. Un dessin, un découpage efficace comme une arme létale.

Crimson Flower, Label Delirium, 20 €

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