Il est à la Une de trois albums en quelques mois. Jim a bouclé la fin de Zoé Carrington, 60 ans déjà ? et Un Noël à Paris au seul scénario. Des thèmes qui en fait se recoupent. Jim est un témoin du quotidien, des sentiments qui se choquent, de la vie, la sienne, la nôtre. D’un drame contemporain à la Tristan et Yseult, à un état des lieux sur ces années qui passent inexorablement, ou un Noël qui dérape pour des couples en ébullition, Jim aime surtout écrire. Il est revenu pour un point d’étape avec humour sur ses titres, ses envies, ses projets dans une rencontre avec ligneclaire.info. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
Après la fin de Zoé Carrington le tome 2, un destin à la Roméo et Juliette, vous signez, Jim, aussi 60 ans déjà ? dessin et scénario, une introspection très personnelle sur le cap de la soixantaine.
Ou très personnelle, ma peur de l’âge qui est récurrente dans tous mes bouquins. Une Nuit à Rome c’était le fait d’avoir 40 ans, le cycle deux cinquante ans. Il me reste un an encore avant d’avoir 60 ans. J’adore mélanger mes idées de bouquins grand public avec des choses très personnelles.
Est-ce que nous avons tous les mêmes angoisses existentielles de nos 60 ans ? Sûrement car il y a beaucoup de pages dans l’album qui nous ressemblent. Ce sont des souvenirs de choses vécues ou glanées de ci de là ?
Toute origine, il faut écouter les gens. Mes amis sont toujours gênés car ils pensent que si on passe une soirée ensemble il y a des évènements de leur vie qui vont se retrouver dans un album. Dessinées ou citées. Je suis un voleur, je passe mon temps à piller les autres.
C’est un album sur la jeunesse de la vieillesse 60 ans ? Cela m’avait semblé facile d’avoir 60 ans.
Ah non c’est horrible. Les jeunes à partir de cet âge nous voient vraiment comme des vieux.
Comme Antoine de Caunes avec son journal Vieux qui lui est affirmatif sur le sujet. Il se dit vieux. Le mot est un peu banni. Je n’ai jamais dit à mon grand-père qu’il était vieux.
C’est affreux. Je ne veux pas l’envisager sous cet angle. Tu considères alors que c’est une insulte. L’image associée à un âge, on a une moyenne physique de ce à quoi cela correspond et on en pose le calque sur nous-même. On voit alors le décalage.
Ce qui est perturbant ?
Oui, on va tous mourir, c’est affreux. On vit des drames et je trouve incroyable notre capacité à se soucier de choses très futiles. On a besoin de légèreté pour supporter cette fin incontournable.
On trompe notre cerveau ?
Que des artifices pour mettre de la joie dans une situation profondément dramatique.
Tes planches sont chacune une succession d’image fixe répétée où les dialogues changent avec parfois des variantes.
J’essaye d’écrire pour qu’il n’y ait pas de changement dans les images. Un même dessin doit pouvoir supporter toutes les différences d’émotion. Un vrai plaisir un peu de fainéant. En plus c’est contraignant et cela met en valeur le texte qui doit être travaillé. Il faut écouter le texte. Plein d’auteurs l’ont fait mais la base c’est Snoopy sur sa niche qui philosophe. Il y a Fabcaro qui l’a fait, Reuzé et Rouhaud dans Faut pas prendre les gens pour des cons. C’est devenu une sorte de code. C’est le texte qui m’est prioritaire et je suis ravi d’aller vite au dessin qui m’intéresse moins que le texte.
C’est un album militant ce passage aux 60 ans qui soulève des problèmes divers.
Pour des gens qui ont de l’humour. Quand j’ai dit autour de moi que je travaillais sur ce sujet, certains n’y ont vu que la tragédie, ce qui n’est pas drôle. Avec de l’humour, on rigole de la dégradation progressive. Je verrai s’il y a une suite mais je ne pense pas. Les 60 ans englobent les 70.
On rigole moins avec l’épilogue de Zoé Carrington. Pas vraiment marrant par contre.
C’est une histoire d’amour tragique. On aime dessiner les femmes les auteurs. Il faut brouiller son cerveau et écouter son crayon.
On passe ensuite à une comédie, Un Noël à Paris, un peu à l’anglaise, gentille, des couples qui se remettent en question. Tu es scénariste seulement cette fois.
C’était un projet de film plus facile à réaliser en BD. C’est dans la mouvance d’un film comme Coup de foudre à Notting Hill, ma volonté d’un scénario à la Richard Curtis, de la comédie et l’usure du couple, son renouveau. Un jeu sur des quadras bouffés par la vie, par les urgences. C’est aussi très personnel. Je n’en pouvais plus de l’organisation de Noël, une corvée. Le paradoxe de Noël c’est que c’est un enfer parce que cela n’a rien de magique, cela revient en boucle mais si on est privé de voir les gens qu’on aime, on en souffre. J’ai joué sur un couple qui a toutes les corvées de Noël, la famille. Et leur besoin d’échapper à ses injonctions permanentes.
Dramatique et joyeux aussi.
Le dessin de Liotti a joué, l’amour des personnages. Il fallait trouver l’angle pour que cela ait plus de caractère qu’une simple comédie de Noël. On est dans du remariage. Un couple va mal et essaye de se redécouvrir.
Avec humour, des sourires.
Un côté cadeau pour les Fêtes mais l’équilibre est compliqué. L’enjeu était de ne pas être mièvre, un peu léger mais avec sa zone de profondeur, trouver le bon ton. Je suis très adepte des deux tomes et j’écris beaucoup pour le tome 2. J’adore les débuts et les fins. Trop souvent les histoires démarrent bien et ça se bouscule à la fin.
Avec deux albums on peut surfer, rebondir sur le tome 2.
Il faut aussi donner dans le tome 2 les éléments pour que le lecteur s’y retrouve sans relire le tome 1.
Trois albums, trois éditeurs.
Je suis resté que chez Grand Angle longtemps et j’ai fait un projet d’humour qu’ils n’ont pas voulu. Je suis allé chez Anspach et me suis aperçu que passer sa vie chez un seul éditeur n’existait plus. En tout cas, j’en avais une sorte de vision romantique, une sorte d’affiliation sur la durée,, mais finalement la vie professionnelle des auteurs est faite d’expériences différentes… des alternances de fidélités…
Quand tu fais un scénario tu le livres clés en main fini ?
Oui, enfin dans ce cas, Un Noël à Paris, totalement, car c’était un projet de film. On vient d’ailleurs d’être approché par une grande maison de production.. Mais il m’arrive de faire des BD avec quelques pages en projet quand je suis en solo, j’ai des tests personnels de planches dans mes tiroirs, sans savoir si je poursuivrai encore. Et puis… Avec Laurent Bonneau, on avance lentement mais c’est un autre monde. On retravaille ensemble et on est très heureux de ce qui se prépare. En tout cas graphiquement, c’est superbe.
Avec un dessinateur tu travailles comment ?
Chaque cas est différent, sur un Noël à Paris, Giuseppe découpe, m’envoie ses story-boards, je commente, je propose, il fait les pages et on rediscute. En ce moment je réfléchis à un autre album chez Anspach dans la lignée des 60 ans. Chez Grand Angle, ce sera donc Les Adieux ne durent jamais avec Laurent Bonneau. 300 pages déjà. On avait fait L’Étreinte. On invente l’histoire au fur et à mesure. Dans les 100 premières pages on ne sait pas où on va. Un vrai plaisir. On ne signe pas avant d’avoir 200 pages. On essaie de se faire une vraie parenthèse créative, en étant totalement libres.
Quoi d’autre ?
Deux films sont en projet mais je n’en parle pas, c’est trop tôt. Je travaille sur une BD, Insolente avec Rémi Torregrossa chez Delcourt en deux tomes dans la lignée d’Une Nuit à Rome. Introspection du couple et jeu sur le langage dans l’intimité. Je n’en dit pas plus. Avec Guiseppe Liotti on prépare un autre album qui se passe en Espagne. On retrouve le ton d’Un Noël à Paris mais version sous le soleil et un peu plus caustique, mordant donc totalement différent au final. Donc au moins trois albums en 2026. C’est fou. .
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