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Le prince des oiseaux de haut vol, Saint-Exupéry par lui-même

On ne parle pas d’un mythe comme Antoine de Saint-Exupéry sans passion, intelligence et talent. Passion d’abord car Saint-Ex c’est un homme qui a vécu grâce à elle. Celle de l’aviation, du pilotage, de l’écriture, de la France et de Consuelo son épouse. Un homme d’une rare sensibilité, au courage éperdu qui mourra quadragénaire aux commandes de son Lightning en juillet 1944 alors qu’il aurait pu vivre loin de la guerre, compagnon de Mermoz, pionnier de l’Aéropostale, auteur du Petit Prince monument de la littérature française. Philippe Girard avec Le prince des oiseaux de haut vol signe peut-être ce qui s’est fait de mieux en matière de mise en perspective de la vie de Saint-Ex sur une période qui aura été pour lui douloureuse, celle de l’exil, des morsures imbéciles, des remises en question, de son couple qui se désagrège lui qui aurait pu épouser Louise de Vilmorin. Girard accompagne Saint-Ex à Montréal, à New-York en 1942 là où tout finalement se jouera, la création du Petit Prince entre autres.

New-York, Montréal le 29 avril, Saint-Ex est-il pétainiste comme la grande majorité des Français, lui a qui a repris du service dans l’aviation en 1939 ? Il veut convaincre pourtant le Canada de pousser les USA à rentrer en guerre. On l’interroge en conférence de presse, il veut repartir dans les airs, se battre. Pour lui New-York est un trou béant de solitude. L’amour le plus ardent ne peur le garder au sol. Son vrai métier c’est aviateur, le ciel son carnet de notes. Son prochain roman évoquera une vie suspendue aux étoiles. Consuelo épousée en 1931 est là. Comme elle le dit sa vie est si calme quand il n’est pas là. Torturé Saint-Ex, séducteur, mais qui pense à la France dans sa tournée canadienne. Celle de Vichy n’est pas sa France. Tension avec Consuelo. Pour lui à son âge un homme pense au divorce et à la mort. Il accuse les Américains de ne pas avoir donné à la France les moyens matériels de vaincre l’Allemagne.

Il va être coincé au Québec et à 42 ans il dit être un monstre le corps couvert de cicatrices. Flashback au Guatemala où il manque mourir, visite chez les Mohawks, une fillette qui dessine des moutons, un renard, un petit garçon interrogateur, il va les tutoyer ces étoiles. Girard le fait se livrer dans ces pages à l’architecture soignée à livre ouvert. Le dessin est si vrai qu’on se sent encore plus proche de lui, qu’on aurait même la prétention de le comprendre, qu’il se livre au lecteur en toute liberté. Philippe Girard aura amené une pièce essentielle à la vie de l’auteur de Terre des Hommes. Un album d’une rare force et bourré d’émotion.

Le prince des oiseaux de haut vol, Éditions La Pastèque, 25 €

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