Interview : avec Leo balade guidée dans le monde d’Antarès

Leo fait partie de ces rares auteurs capables en quelques minutes d’illuminer une journée. Avec ses albums bien sûr comme Antarès épisode 5 (Dargaud) qui vient de sortir mais aussi pendant une rencontre comme celle qu’il a accordée à Ligne Claire.
Avec franchise et générosité Leo parle de son travail, de ce qu’il aime ou déteste, de l’avenir de Kim son héroïne à qui, cette fois, il donne un petit air de rebelle qui lui va bien. (Propos recueillis par J-L. TRUC)

Leo
Leo. Photo JLT ®

Pour ce nouvel épisode d’Antarès, Kim part à la recherche de sa fille enlevée par un rayon mystérieux. Elle arrive avec son équipage sur une planète inconnue où son enfant pourrait être détenue. Mais avec elle il y a un vrai méchant, une tête à claques grandiose, Jedediah le mystique ?

Il est insupportable ce type. Vous avez raison c’est le méchant de l’histoire. Il faut avant de commencer un scénario choisir le méchant. En plus c’est un fanatique membre d’une secte. Ce n’est pas un hasard. Le fanatisme religieux de tout bord ne fait que progresser et m’exaspère. Toutes religions confondues avec un mépris total pour la femme, ce qui est le cas aussi dans Antarès. Il ne faut surtout pas accepter la banalisation du fanatisme religieux. Pour revenir au personnage de Jedediah il rêve d’un premier contact avec les extra-terrestres et que ce soit son église qui en soit à l’origine. Elle en aurait plus de force pour imposer ses règles.

Antarès Kim semble aussi avoir ses faiblesses. Elle va frapper Jedediah ce qui lui vaut d’être relevée de son commandement.

Je ne voulais pas faire de Kim un super-héros. Elle a aussi une aventure amoureuse pendant l’expédition. Elle est humaine, confuse et pas fidèle au moins dans les circonstances difficiles qu’elle traverse. Je devais bien cadrer les choses dans ce tome 5 de façon à préparer la fin dans le tome 6. Je ne voulais pas me sentir à l’étroit comme dans Bételgeuse car j’avais largement de quoi alimenter les albums.

Après Antarès comment envisagez-vous l’avenir de Kim ?

Je sais où je vais même si je n’ai pas écrit le scénario. Je n’ai pas de nom de planète comme tête de chapitre. Ni de détails. Je pourrais par exemple revenir sur la planète où est Kim en ce moment. Comment résoudre la relation de Kim avec sa fille qui a des pouvoirs hors du commun car son père est un extra-terrestre ? Il pourrait se passer des choses plus étranges mais sans violence dans cette suite.

Question souvent posée : où trouvez-vous votre inspiration, vos animaux, votre flore, ce bestiaire étonnant ?

Si vous regardez bien la faune africaine par exemple, un lion c’est beau mais ça vous dévore en un clin d’œil. On ne survit pas une journée seul dans la savane africaine ou en Amazonie. J’adopte la même démarche avec la faune de mes albums à laquelle j’ajoute la taille parfois comme la raie baleine qui absorbe dans sa bouche énorme tout ce qui passe à sa portée. Je ne sais pas en fait d’où viennent mes idées. Les méduses géantes, les plantes carnivores, il y a des détails plausibles. Le dessin fait le reste avec mon imagination et un trait très clair.

Vos séries sont très riches en personnages. Vous faites une sélection ?

Leo
Leo. Photo JLT ®

On ne peut pas tous les garder. Certains s’imposent à moi, au scénariste parfois sans que je le veuille. Il faut changer les personnages secondaires. Dans Bételgeuse j’avais un personnage qui aurait pu devenir important. Et puis non. Il y a une relation affectueuse qui se crée. C’est étonnant.

Comment travaillez-vous ? Vous êtes un auteur très occupé avec de nombreuses séries en marche.

J’écris la totalité du scénario case par case. Je fais ensuite un crayonné léger. Je le reprends pour me rendre compte du rythme. Ma femme le relit. On discute et on corrige. Elle est mon premier lecteur. Pour la couleur je mélange travail manuel et ordinateur pour les fonds. C’est vrai que je travaille beaucoup. Pour Antarès et Les Survivants je fais scénario et dessin. Pour Namibia, c’est Rodolphe, Terres Lointaines c’est avec Icar. J’ai un projet avec Rodolphe toujours comme co-scénariste et Janjetov au dessin chez Delcourt. Mermaid Project je travaille avec Corinne Jamar.

Être à deux sur un scénario est agréable. Avec Rodolphe on se connaît bien. Il y a une émulation entre nous. On partage les idées, on discute ou on rejette. On est complémentaire, nos idées sont plus riches. Rodolphe est un maître en dialogues. Quand je suis seul c’est plus personnel. Kenya je n’aurai pas pu le faire seul. J’ai beaucoup souffert pour cette série. J’ai toujours des projets en route (rires). Je pensais me calmer mais c’est le contraire.

En BD, question classique, vers qui vont vos préférences ?

J’aime beaucoup Tramp et le dessin de Patrick Jusseaume, Jigounov, Hermann bien sûr.

Antarès, Tome 5, Dargaud, 12 €

Antarès

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Un commentaire

  1. Merci pour cette interview. J’ai découvert Léo sur le tard et je suis devenu un immense fan. Ca a été ma plus grande claque de BD depuis des années. Enfin de la science fiction intelligente sans monstres débiles et sanguinaires et personnages réduits au minimum. C’est fin, c’est intelligent, c’est poétique. Bref, je trouve Léo génial, bien que j’accroche moins à la série des Namibia et Kenya. Et le dernier album d’Antares est tout à fait à lire, même si on le dévore en quelques instants et qu’on attend avec impatience le tome 6… qui n’est sûrement pas pour demain, malheureusement.